Quelques avis

La critique du site Ricochet :

Un Boulot d’enfer, plein d’humour, touchant, merveilleux et pourtant ancré dans des réalités actuelles, nous laisse songeurs… et on se surprend à se demander à qui ressemblerait notre ange-gardien, s’il existait vraiment !

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Le matin où nous sommes morts, Papa et moi, nous étions très, très en retard. Bien sûr, maintenant, ça paraît sans grande importance. Mais ce mardi-là, un quatorze octobre, c’était la panique : à sept heures cinquante-six, je farfouillais encore à quatre pattes sous mon bureau pour retrouver mon livre de chimie, en essayant d’enfiler un bras dans ma manche de parka sans lâcher ma tartine. En bas, mon père arpentait impatiemment l’entrée, son portable à l’oreille, en télé-réunion avec ses collaborateurs depuis dix minutes déjà, et déjà exaspéré.
— … mais c’est du first touch, first call ! … Et bien dans ce cas, on le passe en prime-time, point barre !
Maman passa alors une tête ensommeillée par la porte de ma chambre.
— Nina, mon poussin, qu’est-ce que tu fabriques ? Tu vas rater ton bus !
— Il me faut mon bouquin de chimie, sinon la monstrueuse Mère Ragoun va m’écorcher vive.
— On dit : “la monstrueuse Madame Ragoun”, me reprit Maman.
— Ça y est, je l’ai !
Je brandis mon livre, passai ma seconde manche, fourrai le reste de ma tartine dans un coin de ma joue.
— Maman, t’as penché à chigner mon carnet ?
— Ah ! Je savais que j’oubliais quelque chose !
Maman tourna les talons et dévala l’escalier, ses mules claquant à toute allure sur les marches de pierre, sa robe de chambre bleu ciel flottant derrière elle. Je la suivis en courant, alors qu’elle me jetait par dessus son épaule :
— … désolée… nuit terrible… trois accouchements… césarienne en urgence… couchée très tard…
Elle fonça vers la cuisine où j’avais laissé mon carnet de notes en évidence, la veille au soir. Et là, sur la table, plus de carnet, mais un assortiment de boîtes de céréales aux pubs bariolées, surmontées d’une sorte de paillasson qui se serait laissé pousser les poils et d’un casque en plastique imitation métal.
— Lulu ! cria-t-on en même temps, où est le carnet ?
Le petit visage chiffonné et hérissé de tifs de Lucas apparut.
— Gneinf ?
— Le-car-net-de-Ni-na-qui-é-tait-po-sé-là-il-est-où ? articula Maman comme si elle s’adressait à un touriste étranger.
— Chépâmoih, marmotta Lulu en repêchant sa cape de mousquetaire en satin rouge qui trempait dans son bol.
D’un même élan, nous entreprîmes de retourner la cuisine avec des piaillements hystériques.
— C’est pas possible, enfin !
— Il ne peut pas être loin tout de même !
— T’as vu l’heure ? C’est sûr, je rate le bus !
Dans l’affolement, j’aurais probablement oublié d’en vouloir à Lulu s’il ne s’était mis à fredonner la chanson du Lapin Fou, celui qui court partout dans Alice au pays des merveilles.
— Je suis en retard,
Il est déjà moins le quart,
Je n’ai pas le temps de dire au revoir,
Au revoir, au revoir, au revoir…

Je décidai de gaspiller quelques précieuses secondes pour lui tirer un bon coup le paillasson. Évidemment Lulu se rebiffa et nous entamions un pugilat express et matinal quand Papa surgit dans la cuisine en nous faisant les gros yeux. Tout en rugissant dans son combiné « Mais je me fous des dépassements de budget… », il tapota le cadran de sa montre d’un doigt excédé : huit heures quatre ! Au même instant, Maman mit la main sur mon carnet, glissé entre le lave-vaisselle et le frigo. Elle se rua aussitôt à la recherche d’un stylo, pendant que Papa fulminait :
— Encore une fois, mon petit Benoît, dans le business on ne fait pas de sentiments ! Il est hors de question de laisser les Japonais attaquer ce segment !
Maman et moi échangeâmes un regard entendu. Mon père, grand stratège du marketing, semble constamment préparer la Troisième Guerre mondiale. Lulu profita du répit pour me harponner la fesse de son épée et se sauver en courant vers la salle de bains. Du coup, la dernière parole que je braillai à l’adresse de mon petit frère fut :
— Ça, ce soir, tu le regretteras !
Ce qui n’était pas très malin, mais je ne pouvais pas deviner…

Un boulot d’enfer

Éditions Thierry Magnier, 2008
Prix de l’été du livre de Metz, Prix ND-de-France , Prix inter-collège Saint Michel sur Orge, Prix du territoire de Belfort, Gaillard d’or de Brive…

Ça commence mal. Très mal, même. Par un accident de voiture, le matin sur la route du collège. Nina et son père meurent. Les voilà anges au paradis. mais pas pour d’éternelles vacances ! Car Nina doit veiller, horreur, sur son ennemie personnelle, l’infâme Priscille Grant. Un cas désespéré, une mission impossible. D’autant que le seul muscle des anges, c’est l’amour…

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