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Rose-Aimée, qui n’avait émis que des gargouillis inaudibles, prit la parole d’une voix chevrotante.
— Au repas des vieux de la mairie, commença-t-elle, on a droit à des verres de vin. L’an dernier, il y avait une dame qui faisait remplir son verre à ras bord. Elle criait : « Sans faux col ! » quand on la servait. Une fois, deux fois, trois fois. Un moment, on l’a vue pencher la tête sur l’épaule de son voisin. Pourtant, elle ne le connaissait pas plus que ça… Coma éthylique. Elle est morte dans l’ambulance.
Un silence stupéfait suivit ce long discours.
— Bah, cé pas si mal comme morté, commenta Papi Ferraille.
— Le repas des vieux… répéta Victor en frissonnant. Mieux vaut mourir avant !
— Ça permet de voir des gens, dit Rose-Aimée d’un ton résigné.
— Victor, vous avez quelque chose contre les vieux. Ça tourne à l’idée fixe ! lança Gisèle, agacée.
— Moi ? s’indigna Victor. Vous n’avez rien compris ! C’est cette société pourrie qui est anti-vieux ! On nous méprise ! On nous organise des repas de vieux ! On nous parque dans des maisons de vieux où on nous traite comme des vieux !
— Ma en plous, on nous baisse la pensione dé retraite ! renchérit Papi Ferraille. Cé pour ça que ye récupère des troucs, pour gagner un peu dé sous.
— C’est bien vrai, grommela Gisèle. Moi, j’ai travaillé au salon de mon mari toute ma vie et maintenant je vis avec des queues de cerise.
— En plus, « ils » déremboursent les médicaments, se plaignit Rose-Aimée. Moi, pour mon diabète, je…
— Et le pire ? Vous savez ce que c’est, le pire ? fulmina Victor, sa colère attisée par le Côtes de Gascogne. Le pire du pire, c’est qu’on nous OUBLIE ! Oui, Madame ! Transparents ! Invisibles ! I-ne-xis-tants ! Voilà ce qu’on est !
— Cé dégoulasse ! rugit Papi Ferraille, révolté. Qué on a travaillé comme des moules !
— Des moules ? s’étonna Gisèle. Ça ne bouge pas beaucoup, ces bêtes-là !
— No, pas des moules, des moules ! Des ânes, qué !
— Ah, des mules ! Oui, c’est sûr qu’on trimé dur, approuva Gisèle. On est bien mal remerciés.

Le Gang des Vieux Schnocks

Éditions Gallimard Jeunesse, Scripto, 2019

Ces Vieux Schnocks sont inspirés de personnes véritables, rencontrées dans un quartier de Toulouse où j’ai longtemps habité, un quartier ouvrier où se côtoient de petites maisons et de grands immeubles. Comme j’avais un chien, je me baladais au moins trois fois par jour dans les rues où je croisais des gens âgés. D’abord on se saluait, puis on échangeait quelques mots et un beau jour on en venait à bavarder sur le trottoir.

J’ai ainsi fait la connaissance d’une très vieille demoiselle avec un roquet affreux, aussi pelé qu’adoré, une autre dame qui avait été Résistante, un exilé espagnol qui ne savait pas lire. Il m’a raconté son passage des Pyrénées à pied durant l’exil des Républicains et le quartier « dans lé temps »…

Je suis fascinée par ce que chacun porte d’Histoire et d’histoires, comme un sac à dos invisible rempli d’expériences. J’ai eu envie de faire de ces personnes riches et pourtant invisibles, des personnages qui se révoltent contre l’indifférence de la société, contre le marketing qui réduit l’humanité en esclavage.

Les Vieux Schnocks retrouvent le goût de vivre par l’entraide et la rébellion, jusqu’au jour où ils rencontrent Jules, un apprenti cambrioleur de 15 ans, et là, leur vie va vraiment changer !

Vient de paraître

Des romans et des nouvelles…

Des documentaires…

Le grand business des plantes