Mémona Hintermann, grand reporter à France 3, signe

la préface. Ses mots forts disent le silence et la fureur

de la guerre.


J’ai vu la guerre


« Guerre » ! Le mot lui-même sonne le tocsin. Deux syllabes qui hurlent. Mais, rarement, ai-je entendu ceux qui déclenchent les hostilités annoncer la guerre. Ils préviennent : « opération de maintien de la paix » « pacification » « justice et droit ».

La première fois, la guerre, pour moi, ce fut au Tchad. C’était en 1984. Pendant une interview avec le président de ce pays africain déchiré, un lionceau de trois ans s’obstinait, de toutes ses forces, à me mordiller les jambes. Il  se moquait bien de ce que me répondait son maître.

Je me suis toujours souvenu de l’avertissement cynique de ce chef d’état, devenu paria aujourd’hui : « La guerre n’est pas un dîner de gala » ! Hissène Habré prétendait que les références humaines - nommées pitié, justice, morale - pouvaient être abolies quand la haine prend les rênes. Plus tard, l’écho de sa mise en garde m’est revenu

à Sarajevo, au Kosovo, à Bagdad, à Kaboul, à Gaza, partout où les êtres humains s’écrasent pour défendre leur foi ou leur loi – parfois elles se confondent. Souvent, en suivant les traces de chenilles de chars, avec mon équipe de reportage nous avons murmuré, incrédules : « Ce n’est pas possible ! Ca ne va pas recommencer ! ».  Un pays qui va se précipiter sous les « orages d’acier » paraît si tranquille. En traversant villes et campagnes, ce qui frappe avant les déflagrations, c’est le silence. Dans les jardins et les rues, plus de traces humaines.

Le silence.

En poussant un portail pour  vérifier si une âme peut encore témoigner, seul un décor vide s’offre au regard.

Il reste le linge qui sèche au vent, et se balance sur les cordes, une poule qui s’aventure avec méfiance, en se hâtant, mais là, à bien regarder, sous nos yeux, le cheval éventré et gonflé par les éclats d’un obus qui vient d’atterrir, attire déjà  les mouches.

Les civils ont pris la fuite. Toujours les mêmes visages de femmes, leurs enfants aux yeux largement ouverts, les grands-parents hagards, que nous retrouvons réfugiés dans une école ou entassés dans une cave. En silence. Mêmes regards, même incompréhension, même honte. Dans tous les pays, les mêmes mots étranglés : « Pourquoi ? De quoi sommes-nous coupables ? Où est notre faute ? ». Victimes ! Mais ce mot leur vient rarement à la bouche. Si seulement ils avaient la force de crier comme les « poilus »  de la première guerre mondiale : « Putain de guerre » !

Florence  Thinard

© 2014

Pourquoi la guerre ?

Comment la paix ?

Alors que Mondes Rebelles Junior retrace les principaux conflits contemporains, pays par pays, Pourquoi la guerre ? Comment la paix ? s’efforce de démonter des mécanismes en marche dans les guerres aujourd’hui : Comment commencent-elles ? Comment combat-on ? Quelles différences entre une armée et un mouvement de guérilla ?

Quels sont les enjeux pour les militaires, pour les civils, pour les associations humanitaires ?

Qu’en est-il de la justice et du droit ?

A qui profite la guerre ? Et enfin, comment une guerre s’achève-elle… ou s’éternise-elle ?

Co-écrit avec Elisabeth Combres

Préface de Mémona Hintermann

Illustrations de Loïc Le Gall

Gallimard Jeunesse octobre 2010

Au sommaire

Comme les autres ouvrages de la collection Demain, le monde ?

Pourquoi la guerre ? Comment la paix ? est composé de trois parties.

Voir : 72 photos pour regarder et s’émouvoir

Comprendre : 12 thèmes pour décortiquer les mécanismes à l’oeuvre.

Agir : 6 pages de pistes et d’idées pour s’emparer du monde.

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